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Le SCoT du Pays de Brest intègre la logistique dans sa vision d’aménagement

Publié le 5 mars 2026

Approuvé en février 2026, le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) du Pays de Brest constitue un signal fort pour la filière logistique régionale. Pour la première fois, le transport de marchandises et l’organisation logistique sont placés au cœur des orientations d’aménagement du territoire, aux côtés des mobilités du quotidien et des enjeux portuaires. Décryptage des grandes lignes directrices.

Le Pays de Brest, un territoire péninsulaire qui mise sur sa connexion au monde

Le Pays de Brest présente une particularité géographique qui conditionne profondément sa stratégie logistique : sa situation péninsulaire, à l’extrémité ouest de l’Europe, en fait un territoire dont l’accessibilité est à la fois un défi permanent et un enjeu de compétitivité majeur. Le DOO (Document d’Orientations et d’Objectifs) du SCoT, approuvé par le conseil du pôle métropolitain le 10 février 2026, l’affirme sans détour : « renforcer son accessibilité est un impératif pour conforter son attractivité et sa compétitivité ».

Une proximité immédiate du rail d’Ouessant et des plus grandes voies de transports de marchandises maritimes du monde (Source : ADEUPa, 2026)

C’est dans ce contexte que le SCoT articule une vision multimodale des flux de marchandises, en reconnaissant le rôle complémentaire de chaque infrastructure de transport — maritime, ferroviaire, routier, aérien — dans la performance logistique globale du territoire. Ce que le PAS (Projet d’Aménagement Stratégique) met en lumière, c’est que cette contrainte géographique recèle en réalité un atout stratégique méconnu : le Pays de Brest est localisé à proximité immédiate du rail d’Ouessant, l’une des plus grandes voies de navigation et de transport de marchandises maritimes du monde. Le territoire se trouve ainsi idéalement placé par rapport aux flux commerciaux internationaux, ce qui renforce d’autant plus la pertinence de son intégration au réseau central du RTE-T.

Le port de Brest, pièce maîtresse d’une ambition logistique nationale

L’intégration du port de Brest au réseau central du Réseau Trans-Européen de Transport (RTE-T) constitue l’une des nouvelles les plus structurantes pour la logistique régionale. Cette reconnaissance européenne ouvre des perspectives inédites pour le développement de l’hinterland portuaire et positionne Brest comme une porte d’entrée maritime à l’échelle nationale et continentale. Le PAS précise à cet égard un débouché commercial concret : développer les échanges avec l’Irlande dans le cadre du Brexit, les flux transmanche ayant été partiellement réorientés vers les liaisons directes Bretagne–Îles Britanniques.

Le SCoT rappelle à cet égard les investissements à hauteur de 900 millions d’euros sur 40 ans pour adapter les infrastructures portuaires. Les orientations retenues visent notamment à :

  • Améliorer l’accessibilité nautique pour l’accueil de navires de plus grande taille
  • Renforcer les capacités logistiques du port, notamment sa desserte ferroviaire pour le fret, avec le bénéfice connexe d’assurer le transport de matières dangereuses dans des conditions optimales de sécurité ;
  • Favoriser l’intermodalité et la complémentarité la plus forte possible entre les modes de transport, conformément aux exigences du RTE-T.

Le SCoT encourage également le développement des ports de taille plus modeste du territoire — Le Conquet, Molène, l’Aber Wrac’h — et leur adaptation aux effets du changement climatique.

Ferroviaire et routier : vers une offre logistique performante et décarbonée

Au-delà du maritime, le SCoT engage clairement les autorités compétentes à améliorer la performance de l’axe ferroviaire Brest–Rennes–Paris. L’objectif affiché — relier Brest à Paris en moins de 3 heures et à Rennes en 1h30 — vaut autant pour les voyageurs que pour le fret, la ligne ferroviaire constituant un enjeu important pour le transport de marchandises à l’échelle régionale. Le PAS souligne à ce titre l’importance des capacités de stockage en bord à quai et à proximité de la gare multimodale de Brest, nœud logistique urbain appelé à jouer un rôle croissant dans la gestion des flux intermodaux au cœur de la métropole.

Sur le volet routier, le document souligne la nécessité de maintenir la performance de l’offre logistique, en lien avec le développement des zones d’activités économiques stratégiques. Le développement de ces espaces devra tenir compte des besoins du territoire en plateformes logistiques, avec une connexion optimisée aux grandes infrastructures de transport.

L’écopôle de Lanvian : un projet structurant pour la logistique régionale

Évolution de l’emploi salarié privé au sein des entreprises de logistique du Pays de Brest (Source : Acoss 2021 – traitements ADEUPa)

Parmi les projets d’envergure régionale identifiés par le SCoT figure l’écopôle de Lanvian à Saint-Divy, dont la « phase 1 » représente un espace économique de 30 hectares dédié à des activités de logistique et industries à rayonnement régional. Ce projet, porté conjointement par Brest métropole, la communauté de communes du pays des Abers et la Communauté d’agglomération du Pays de Landerneau-Daoulas, illustre la volonté des collectivités de se doter d’espaces logistiques de grande envergure, capables d’attirer des acteurs régionaux et nationaux.

Cette orientation s’inscrit dans une philosophie plus large du SCoT : réserver des espaces économiques stratégiques aux activités qui nécessitent une bonne connexion aux grandes infrastructures, plutôt que de diluer les implantations logistiques sur l’ensemble du territoire.

Le DAACL : un outil dédié à la logistique commerciale et urbaine

Le SCoT du Pays de Brest se distingue par l’intégration dans son DOO d’un Document d’Aménagement Artisanal, Commercial et Logistique (DAACL), outil qui permet de traiter la logistique commerciale avec la même rigueur que l’urbanisme commercial. Ce document établit un cadre clair pour l’organisation des flux de marchandises dans les zones urbanisées.

Le DAACL distingue deux grands types d’entrepôts selon leur surface et leur fonction :

  • Les entrepôts de 2 000 m² ou plus, qualifiés d’équipements de logistique commerciale majeurs, dont l’implantation est préférentiellement orientée vers les zones d’activités économiques stratégiques du territoire, bien connectées aux grands axes de transport.
  • Les entrepôts de moins de 2 000 m², jouant un rôle d’intermédiaire entre les grandes bases logistiques et les points de livraison finaux. Ces structures plus légères peuvent s’installer dans l’ensemble des zones d’activités ou dans les polarités commerciales périphériques.

Le SCoT consacre également des dispositions spécifiques aux enjeux de logistique urbaine, ou « du dernier kilomètre ». Les petits entrepôts urbains peuvent s’implanter dans les périmètres de centralité commerciale, sous réserve de conditions strictes : intégration de solutions de stationnement et de recharge des véhicules de livraison, limitation des nuisances pour le voisinage, encouragement des modes de livraison actifs ou silencieux.

Les dispositifs de retrait automatique (drives, casiers, distributeurs) sont également encadrés dans une logique de rationalisation des circuits logistiques. Ils peuvent être implantés dans les centralités commerciales, les espaces à forte concentration de population, à proximité des transports en commun, ou encore dans les exploitations agricoles pour la vente directe.

Transition énergétique : la logistique concernée au premier chef

Le SCoT souligne que le tertiaire, l’industrie et le fret représentent 35 % de la consommation d’énergie du Pays de Brest. Ce chiffre traduit l’enjeu considérable que représente la décarbonation des flux de marchandises pour atteindre les objectifs climatiques du territoire.

En réponse, le DOO prévoit que les politiques locales d’urbanisme (PLUi) permettent l’installation de stations de ravitaillement pour les véhicules à énergies alternatives : biocarburant, GNV et bioGNV, électrique, hydrogène. Cette disposition vise directement les flottes de véhicules utilitaires et de livraison qui constituent le cœur des activités logistiques du territoire.

Ce qu’il faut retenir…

Le SCoT du Pays de Brest marque une évolution significative dans la prise en compte de la logistique par les collectivités territoriales bretonnes, avec plusieurs signaux positifs :

  • La reconnaissance explicite du port de Brest comme infrastructure logistique d’envergure nationale et européenne, avec des investissements pluridécennaux à la clé.
  • L’identification de zones d’activités stratégiques dimensionnées pour accueillir des équipements logistiques de grande taille (Lanvian, secteur nord-est de la métropole…).
  • Un cadre clair et progressif pour la logistique urbaine, qui reconnaît la diversité des modèles (grands entrepôts, casiers…) tout en les orientant vers des solutions durables.
  • Une ambition affichée sur la décarbonation des transports, avec des obligations pour les PLUi locaux d’intégrer les stations de recharge et de ravitaillement alternatif.
  • Un signal d’opportunité structurelle : le diagnostic économique du PAS relève que les activités de transport-entreposage sont encore sous-représentées dans le Pays de Brest par rapport aux moyennes régionales et nationales. Ce constat, loin d’être un frein, traduit un potentiel de développement réel pour les opérateurs logistiques qui souhaiteraient s’implanter ou se développer sur le territoire, dans un cadre désormais planifié et sécurisé.

Le nouveau SCoT envoie donc un message clair : la logistique n’est plus une activité subie par le territoire, elle est désormais pensée, organisée, et intégrée à la vision d’avenir du Pays de Brest.