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Publié le 5 décembre 2022

En lien avec la Conférence régionale de la logistique qui se tiendra en Bretagne début 2023, Bretagne Supply Chain vous propose de découvrir durant les prochains mois une mise en lumière des travaux de la thèse de Soraya Saadi Cauvin sur le fret alternatif au mode routier en Bretagne. Une thèse réalisée pour le compte de la Région Bretagne et mise en lumière par l’Observatoire Régional des Transports de Bretagne (ORTB). Ce mois-ci : les leviers d’actions.

La thèse de Soraya Cauvin se veut comme un premier apport scientifique sur la mobilité des marchandises en Bretagne. Elle propose un état des lieux du système de transport de marchandises breton et met en avant ses particularités. Elle conclut sur la nécessité de faire évoluer le modèle et propose les leviers d’action possibles.

Pour valoriser les apports concrets de ces travaux de recherche, l’Observatoire Régional de Transports de Bretagne en a fait 6 pastilles vidéo inédites présentant le contexte de la logistique en Bretagne, les origines de la thèse, détaillant les particularités du fret breton et les enjeux d’un nouveau modèle pour la Bretagne, la nécessité de construire ensemble un système plus performant grâce aux nombreux atouts bretons.

Ce mois-ci, Bretagne Supply Chain vous propose de découvrir les enjeux et les leviers identifiés pour faire évoluer les modèles logistiques bretons. Au menu: collaboration, optimisation, supply chain management et communication.

« Un modèle routier à bout de souffle »

Soraya Cauvin : « L’état des lieux a révélé que nous dépendions énormément, quasiment totalement, du routier et que c’est un modèle qui arrive à bout de souffle. Le routier vivra longtemps mais il faut quand même préparer des alternatives, rendre notre système de transport plus résilient pour que notre logistique soit plus performante au service de notre économie qui sera de plus en plus dynamique. »

Un fort enjeu d’accessibilité

Soraya Cauvin : « J’ai envie de placer l’accessibilité comme étant un enjeu principal. Nous, en Bretagne, subissons un coût de transport supplémentaire. Lorsque l’on regarde la carte produite par le CNRS de Caen, [nous nous rendons compte] que l’on est excentré géographiquement. Mais quand on rentre les solutions de transport maritimes et terrestres qui existent aujourd’hui sur l’ensemble de la façade Manche, les deux rives s’écartent encore plus. Cet éloignement est aggravé par les offres de transport dont nous disposons aujourd’hui. Nous pouvons le rattraper par le renforcement de notre système de transport multimodal.

Nous pâtissons de cet éloignement. Il y a l’enjeu de se raccorder aux réseaux qui sont en train de se consolider par ailleurs. Le Brexit a beaucoup bénéficié aux ports de la Manche et des Hauts-de-France. On a développé plus de trafics vers l’Irlande alors que, logiquement, il aurait été plus simple de passer par la Bretagne. »

La compétitivité des entreprises bretonnes en jeu

Soraya Cauvin : « Le deuxième enjeu que l’on peut identifier, c’est celui de la compétitivité de nos entreprises. Nous payons un peu plus de transport que tout le monde. Il faut savoir que les modes massifiés permettent une certaine économie du transport. De grandes entreprises, comme Stellantis, disent que le coût d’approvisionnement pour leur usine de Rennes est double par rapport aux usines homologues qu’ils ont ailleurs en Europe. Ils pensent que la solution viendrait du transport maritime ou du transport ferroviaire. Pour le secteur de l’élevage, malgré des trains vides au retour, le ferroviaire reste quand même économiquement pertinent. C’est dire l’importance des solutions massifiées. Un train permet d’éviter 50 camions, donc ils n’ont pas à gérer 50 camions, 50 conducteurs et cela leur permet de maîtriser la qualité du grain de bout en bout. La compétitivité de nos industries passe aussi par ces modes massifiés. »

L’enjeu climatique, une urgence à aborder collectivement

Soraya Cauvin : « L’enjeu climatique, c’était celui par lequel j’avais attaqué la thèse au départ. Aujourd’hui, il y a tout un arsenal juridique qui est en train de se mettre en place pour limiter l’utilisation du routier et même [plus généralement] de l’énergie fossile. La feuille de route est établie que ce soit au niveau français ou européen.

Aujourd’hui, nous arrivons à chiffrer les nuisances liées au transport. On sait que, pour la Bretagne, cela coûte à peu près 248 euros par habitant à l’année. En France, c’est de l’ordre de 150 euros. Quand on chiffre les externalités négatives, le but est d’essayer de trouver les moyens d’internaliser ce coût de transport. […] C’est un levier important. Ça peut être un argument pour justifier un investissement dans une installation multimodale. Si demain une collectivité territoriale veut investir dans une plateforme de consolidation, elle peut dire « aujourd’hui la construction coûte tant mais elle permet une économie de temps, de coups sociaux… ». »

La Bretagne dispose de beaucoup d’atouts. En profitant de ces atouts, en activant certains leviers parfois très simples, nous pouvons réussir, de manière collective et concertée, à faire évoluer le modèle et avancer.

Soraya Cauvin, doctorante en urbanisme du territoire

Plus de sobriété

Soraya Cauvin : « La Bretagne, plus que n’importe territoire français, dispose d’atouts essentiels pour s’en sortir de manière concertée et collective, en actionnant des leviers parfois très simples. Nous avons d’abord les leviers en rapport avec la « sobriété ». Cela veut dire réduire les tonnes.kilomètres, réduire la demande de transport, pas en réduisant le volume transporté mais en optimisant, en mutualisant, en massifiant, en optimisant les chargements et les tournées. La Bretagne a un effort très important de ce côté-là, vu l’éclatement des flux sur son territoire. »

Plus de R&D

Soraya Cauvin : « Nous avons [aussi] des leviers en rapport avec le développement technologique. La performance énergétique des moyens de transport change la donne en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il y a le report modal mais il y a aussi la performance énergétique des motorisations. Il y aussi le facteur technologique qui passe par l’utilisation d’outils digitaux qui nous permettraient d’ […] optimiser notre logistique à l’échelle régionale, entre filière et en intra-filière. Il y a moyen de penser collectivement à cette réorganisation rationnelle de nos flux en introduisant plus de R&D, plus de technologie. »

Plus de partage de connaissances

Soraya Cauvin : « Certains leviers sont très simples à mettre en place. L’enquête a révélé qu’il y a une méconnaissance de nos ports. [Seuls] 17% des [acteurs économiques] sondés répondaient qu’ils connaissaient nos ports ou la solution ferroviaire. Nous savons qu’il faut faire plus de communications autour des solutions massifiés qui existent en Bretagne. [De même], ils disent qu’ils ont peur de mettre en place des solutions de mutualisation. Il suffit juste de communiquer autour de la solution du GIE des Chargeurs de la Pointe Bretagne, qui a su surmonter ces difficultés. »

Plus de supply chain management

« Il y a un travail important à mener sur le plan de la formation et de la montée en compétences en supply chain management, que ce soit au niveau des écoles ou dans les entreprises. Les gestionnaires des flux et les responsables des entreprises doivent être compétents pour penser leur transport et leur logistique différemment. »

Soraya Cauvin, doctorante en urbanisme du territoire

Une Bretagne avec des atouts en main

Soraya Cauvin : « Il ne faut pas se dire qu’il est trop tard. L’action est possible mais elle est à engager maintenant. Nous avons des atouts spécifiques à la Bretagne. Nous pouvons agir très vite et de manière très efficace et pérenne. La Bretagne possède un système décisionnel endogène. Nous avons un niveau d’éducation élevé. Nous avons un fort dynamisme économique et démographique. Nous ferons partie des régions les plus dynamiques d’ici 2030-2050.

Nous aurons un rôle à jouer au niveau national mais aussi au niveau international. Quand on regarde la réorganisation des échanges de demain, qui va basculer de la triade nord vers le sud, nous aurons une mission nourricière du reste du monde. Il faut préparer les supports de ces échanges, en termes d’origine destination et en termes de capacités.

Tous les signaux sont positifs pour que ça aille bien économiquement en Bretagne. Il ne faut que l’on subisse cette logistique comme un frein ou une entrave. Il faut la rendre comme support à ce développement économique. »

Je reste très optimiste par rapport à la capacité de la Bretagne de pouvoir faire évoluer son modèle. Les forces et l’énergie sont là pour s’en sortir collectivement et de manière concertée.

Soraya Cauvin, doctorante en urbanisme du territoire

Thèse CIFFRE Rennes II, ESO-CNRS Rennes / Conseil Régional de Bretagne 2022