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Inspirée de la Cop 21, la démarche régionale Breizh Cop lancée en Bretagne début 2017 vise à bâtir « un projet d’avenir durable en Bretagne ». En décembre dernier, les élu·e·s régionaux·ales ont approuvé 38 engagements qui doivent faire évoluer les politiques publiques régionales. Certains auront des impacts non négligeables sur l’activité logistique régionale. Revue de détails…

Portée par la Région Bretagne, la démarche BreizhCop vise « à maîtriser et à accélérer la mise en œuvre de toutes les transitions en Bretagne », qu’elles soient écologique, climatique, économique ou sociétale. Pour construire ce projet régional, la méthode retenue vise à associer toutes les parties prenantes autour d’objectifs communs. Après une large phase de concertation, les élus régionaux ont adopté, en avril dernier, un document d’orientation identifiant les quatre grands défis à relever par la région : « renforcer la place et le rayonnement de la Bretagne dans le monde », « promouvoir de nouvelles formes d’aménagement privilégiant la proximité », « réinventer de nouveaux modèles de développement et de vie plus sobres » et « repenser l’action publique et l’action collective ».

38 engagements

Lors de la session plénière de décembre dernier, les élus ont approuvé les 38 engagements de la BreizhCop. Ils devront servir de socle pour faire évoluer les politiques publiques. L’idée générale : s’inscrire dans une forme de « rupture » pour repenser et faire évoluer les dispositifs liés à l’aménagement du territoire, aux transports, à l’environnement, à l’énergie ou encore à l’habitat.

Au sein de ces 38 engagements, de nombreuses actions concernent les transports et la logistique et pourraient avoir un impact significatif sur les systèmes actuels.  

Développer la multimodalité

Un des premiers engagements prévoit de développer des alliances territoriales et d’assurer la place européenne de la Bretagne. Sur ce sujet, la Région prévoit de développer des alliances stratégiques avec différentes régions du monde. Dans le contexte du Brexit, elle souhaite aussi « faire des solidarités des régions celtiques un atout de développement ». Ainsi, le Brexit va rendre nécessaire de renouveler l’inscription de la Bretagne dans le schéma européen des transports (R-TET). Objectifs : offrir une alternative à l’engorgement des ports de la mer du Nord dans le trafic avec l’Irlande mais aussi bénéficier de fonds européens pour financer les adaptations des installations portuaires pour le trafic avec les iles britanniques.

La question de la multimodalité pour le transport de marchandises fait, elle, l’objet d’un axe de travail à part entière. Sur le sujet, la Région veut ainsi maintenir et valoriser les offres de services multimodales existantes. Pour la Région, cela implique de soutenir les mutualisations logistiques, de recourir aux nouveaux outils numériques, aux complémentarités modales (fer-route-mer-nouvelles mobilités) mais aussi aux collaborations d’entreprises et de territoires. Les contributions des parties prenantes lors des débats ont cependant mis en exergue la nécessité d’avoir une vision globale des enjeux et des différents modes de transports pour éviter que le renforcement de l’activité portuaire ne se traduise par des impacts négatifs sur la fréquentation routière. « Il s’agit au contraire de réduire globalement le trafic routier des marchandises, en provenance et à destination des ports de l’Europe du Nord, qui viendraient ou partiraient des ports bretons. » En conséquence, le lien maritime/ferroviaire/routier, incluant la question du dernier kilomètre devra être analysé.

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L’ambition affichée à horizon 2040 est de développer significativement la part du transport maritime dans les flux intrarégionaux et dans les échanges avec les autres régions françaises ainsi que la part du fer dans les importations et exportations avec les pays étrangers. Pour cela, et afin de répondre aux enjeux du Brexit concernant l’Irlande, la Région pousse pour inscrire les ports de Brest et de Roscoff dans le réseau central du Schéma Européen des Transports (RTE-T) et donc bénéficier de financements pour développer ses infrastructures et améliorer sa desserte par le rail. Cela implique également le développement des autoroutes de la mer, du cabotage intra et inter régional et d’outils logistiques favorisant l’intermodalité.

En parallèle, la Région souhaite atteindre un développement « significatif » du transport maritime conteneurisé au départ et à l’arrivée de la Bretagne. « 1ère région maritime française, la Bretagne dispose d’un réseau portuaire structurant, en capacité de conforter et de développer le transport maritime conteneurisé au bénéfice de chaînes logistiques européennes ou mondiales. » La Région propose donc de donner plus de visibilité à cette offre de service, en valorisant ses différents atouts au niveau régional, et via le renforcement de coopérations portuaires nationales et internationales.

Autre axe de travail : conforter les solutions numériques comme « Port de Bretagne Numérique » et soutenir les transitions digitales des transports qui favorisent les mutualisations et la personnalisation des services logistiques rendus aux compagnies maritimes, industriels et logisticiens.

Côté transport combiné rail-route, la Région vise le déploiement de trois lignes au départ et à l’arrivée de Bretagne. Actif depuis 2011, un service relie chaque jour la Bretagne à la région Rhône-Alpes. Les marchés nationaux permettent l’ouverture de nouvelles lignes à destination du Nord et de l’Est de la France. Afin de favoriser ce développement, la région va engager de nouvelles coopérations régionales, soutenir toutes les initiatives de mutualisations, les approches collaboratives innovantes, l’interopérabilité et la performance du transport ferroviaire.

L’innovation au service des transports

Région maritime, la Bretagne peut s’appuyer sur son expertise maritime, navale, son réseau portuaire, pour expérimenter de nouvelles mobilités innovantes, au bénéfice d’une décongestion routière et de modes de transport plus vertueux. De nombreuses réflexions et innovations sont en cours, telles que l’expérimentation de bateaux autonomes, de propulsion vélique, de nouvelles formes de mobilité… qui pourraient favoriser un redéploiement du transport maritime régional et national, au bénéfice de nouvelles chaînes logistiques durables et locales.

La Région souhaite prioriser le développement des secteurs « liés aux transitions ». Objectif : positionner la région en leader sur ces domaines. Parmi les secteurs identifiés : les Smart Grids, les mobilités intelligentes (y compris pour la logistique) ou encore l’usine du futur. Il s’agira notamment pour la Région de renforcer son implication dans le domaine des mobilités intelligentes pour anticiper les évolutions des comportements en matière de mobilité (économie de la fonctionnalité, nouveaux usages, nouvelles pratiques…) et de faire de la Bretagne, et notamment du territoire rennais, un laboratoire d’expérimentation des nouveaux usages de la mobilité en développant toutes les opportunités liées aux véhicules collectifs autonomes terrestres, au covoiturage, à des dispositifs de logistique de proximité…

L’indispensable transition énergétique des transports

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Pour la Région, la décarbonation des transports maritimes et terrestres (nouvelles carburation GNL, GNV, hydrogène, propulsion et avitaillement électrique…) est un enjeu essentiel qui doit se combiner à de nouveaux usages logistiques innovants, afin de conforter notamment l’attractivité maritime et portuaire régionale.

Pour la performance énergétique du territoire, la Région souhaite faire émerger une filière hydrogène renouvelable bretonne. La Bretagne entend ainsi mettre en place une stratégie permettant de structurer les compétences autour de la production et l’usage de l’hydrogène renouvelable : consolider les dynamiques de projets bretons dans les domaines d’activités de la construction et de la motorisation navales, affiner puis appuyer les potentiels actuellement à l’étude autour d’enjeux bretons forts tels que les activités de méthanisation agricole, de production d’énergie marine et éolienne, et des usages industriels et maritimes ou encore mettre en place les conditions du développement de l’électromobilité hydrogène renouvelable, ferroviaire, maritime et routier.

Au regard des enjeux climatiques et de la qualité de l’air, la Région entend accompagner le report de trafic (passager et fret) vers des alternatives dé-carbonées. Pour cela, elle va prendre en compte ces impacts dans les choix d’aménagement, en adaptant les réponses aux réalités territoriales et à la diversité des usages. Mais aussi accompagner le changement de moyen de transport, en ce qui concerne les passagers et la mobilité des marchandises, par des actions de pédagogie, sensibilisation, formation, notamment à l’attention des entreprises, des jeunes publics, mais également des séniors.

Pour cela il convient notamment de réussir la transition énergétique des différents modes de transports soit en agissant sur les infrastructures et les flottes pour s’orienter vers des carburations plus sobres en énergie (GNL, GNV, Hydrogène, electrique etc), soit en intervenant sur les usages en développant les modes durables, maritimes et ferroviaires notamment, et en développant les modes doux (piétons, vélos)…

Favoriser une nouvelle occupation des espaces

Côté emploi, la Région souhaite consolider et développer l’économie industrialo-portuaire en mettant en place une Zone Economique Maritime d’Intérêt Régional (ZEMIR) autour de chaque port de commerce breton. Objectif : organiser le foncier aux abords des zones portuaires pour favoriser le développement de projets économiques en lien avec la mer, et faire des grands ports bretons des plateformes performantes au service de la construction et la réparation navale, des énergies marines renouvelables et autres activités industrielles en lien avec la mer. Le développement et la mise en réseau des « zones économiques maritimes d’intérêt régional » doit permettre de créer des synergies entre les différents territoires et favoriser le développement de nouvelles offres technologiques pour répondre aux besoins du marché.

C’est aussi, pour la Région, une manière pertinente de lutter contre l’extension urbaine en organisant les usages de ces zones souvent soumises à forte pression locale, tout en luttant contre les friches. Enfin l’aménagement et la gestion de ces ZEMIR (espaces publics et privés) pourrait permettre la mise en oeuvre de nouveaux paradigmes d’économie circulaire : fonction de chacun des bâtiments, synergie entre entreprises, optimisation de l’énergie et des ressources en général …

En cohérence avec l’objectif général d’arrêt de la consommation de foncier agricole et naturel, « qui induit la fin de création de nouvelle surface commerciale en extension et en tenant compte de l’objectif de la préservation de la vitalité des centralités », la priorité sera aussi donnée à la réduction de la vacance de locaux commerciaux. « Afin de favoriser la mixité des fonctions urbaines et l’implantation des commerces dans les lieux les plus opportuns, il faut localiser ceux-ci de manière préférentielle dans les centralités et polarités constituant l’armature urbaine bretonne, à proximité immédiate des habitants, des équipements ».

La supply chain en appui du secteur agro alimentaire

Le secteur des IAA, premier secteur industriel breton, sera aussi mis à contribution. « Il doit […] anticiper les évolutions de la demande des consommateurs, liées à des mutations profondes dans les comportements qui intègrent la recherche de sens, le lien avec le développement durable, la recherche de haute qualité et de sécurité. » En lien avec la logistique : la Bretagne est un acteur majeur dans la production d’emballage au niveau national. « Elle doit être exemplaire et volontariste en cherchant leur réduction, le non recours au plastique, mais aussi en développant des emballages écoconçus (facilement recyclables, intégrant plus de plastiques recyclés, des bioplastiques conçus avec des ressources locales…). Ce secteur à fort potentiel de croissance, doit accélérer les projets permettant d’accélérer les changements dans les modèles de consommation. »

Mais la Région souhaite aussi s’engager pour diminuer le poids du gaspillage alimentaire pour faire de cette lutte contre le gaspillage l’un des caractères forts de la filière des IAA bretonne et un facteur de différenciation. Pour cela, elle va mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaine alimentaire, depuis les producteurs et industriels jusqu’aux consommateurs en passant par le rôle essentiel de la grande distribution ou des acteurs de la restauration collective et marchande.

Quelle suite ?

Les objectifs étant posés et l’ambition étant partagée, la Région va travailler avec les différentes parties prenantes sur les trajectoires opérationnelles pour y répondre. Chaque entreprise est libre de prendre part à la réalisation de ces objectifs. De nombreux objectifs sont partagés par Bretagne Supply Chain. Le Cluster va donc s’engager dans la démarche et invite ses adhérents à prendre, avec lui, part aux débats.