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Le Transport et la Logistique en 2025 : Entre Transformation et Résilience

Publié le 18 mars 2026

Chaque année, l’OPTL, sous l’égide de la CPNEFP (Les commission paritaire nationale emploi et formation professionnelle), publie un rapport national de branche rassemblant des données économiques et sociales sur l’emploi, les métiers, les formations et l’évolution des entreprises. Ce rapport est ensuite décliné en versions régionales pour refléter les réalités territoriales. Référence pour les partenaires sociaux et les acteurs publics, il éclaire le dialogue social et les orientations de la branche.

Un secteur stratégique face aux mutations économiques

Le rapport 2025 de l’Observatoire Prospectif des métiers et des qualifications dans les Transports et la Logistique (OPTL) dresse un panorama complet d’une branche professionnelle qui emploie plus de 811 000 salariés en France.

A noter, qu’en Bretagne, la branche représente 41 940 salariés, soit +0,2 % sur l’année, dans un tissu régional de 907 785 salariés du secteur privé.

Malgré un contexte économique ralenti, marqué par une croissance du PIB limitée à 1,2 % en 2024, le secteur démontre une résilience notable avec une progression de l’emploi de 0,6 % sur l’année.

Le Transport Routier de Marchandises

Des effectifs stables face aux défis conjoncturels

Le Transport Routier de Marchandises (TRM), qui représente 52,3 % des effectifs de la branche avec 424 145 salariés, traverse actuellement une période de consolidation après les turbulences post-Covid. Ainsi, si les effectifs se stabilisent en 2024 (+0,02 %), cette apparente stagnation masque toutefois des dynamiques profondes de transformation.

En effet, le secteur fait face à des défis majeurs : hausse continue des coûts d’exploitation (+5,5 % hors carburant en 2024), augmentation des défaillances d’entreprises (+23 % pour les entreprises avec salariés), et pression concurrentielle accrue.

Par ailleurs, les prestataires logistiques affichent une croissance remarquable de 4,6 %, ajoutant 2 626 emplois et portant leurs effectifs à 59 293 salariés.

Une structure d’emploi dominée par la conduite

La famille professionnelle « Conduite » reste le cœur du secteur marchandises, représentant 71 % des effectifs du TRM. Parmi les conducteurs, on observe une évolution significative de la répartition :

  • 41 % de conducteurs poids lourds courte distance/régionaux (en recul)
  • 24 % de conducteurs longue distance (en baisse de 4 points)
  • 13,6 % de conducteurs VUL (en forte progression, +4 points)

Cette évolution traduit une adaptation aux nouveaux modèles de distribution, notamment le développement de la livraison du dernier kilomètre et du e-commerce.

Un défi démographique majeur

Le vieillissement des effectifs constitue l’enjeu structurel le plus préoccupant. Dans le TRM, 50 % des salariés ont plus de 45 ans, et le taux de relève n’est que de 0,35 (soit moins d’un jeune de moins de 30 ans pour trois salariés de plus de 50 ans). Pour les conducteurs marchandises spécifiquement, seuls 12 % ont moins de 30 ans, posant la question cruciale du renouvellement générationnel.

Le Transport Routier de voyageur

Une croissance portée par la demande de service public

En 2024, le secteur compte 107 008 salariés, soit une progression de 2,0 %. Cette croissance est portée par la demande de service public, mais elle reste fragile face aux fluctuations des appels d’offres et à la concurrence inter-régionale. Certaines régions signalent des tensions sur le recrutement ainsi qu’un turnover accru.

Pour 2025, la plupart des régions prévoient une stabilité ou une progression limitée, freinée par les contraintes budgétaires des Autorités Organisatrices et la diminution des aides à la formation.

Une crise démographique particulièrement sévère

En effet, le secteur est confronté à une crise démographique particulièrement sévère. 65 % des conducteurs TRV ont plus de 50 ans, faisant de ce segment le plus vieillissant de toute la branche. À l’inverse, seuls 5 % des conducteurs ont moins de 30 ans. Le taux de relève est extrêmement faible, à 0,10, ce qui signifie qu’il y a à peine un jeune de moins de 30 ans pour dix salariés de plus de 50 ans, un niveau critique qui pose la question de la viabilité du modèle à moyen terme.

La réforme des retraites a entraîné une diminution drastique des départs en Congé de Fin d’Activité (CFA), avec une baisse de 37 % dans le TRV.

Le Transport sanitaire

Une croissance portée par des besoins structurels

En 2024, le secteur compte 67 178 salariés, enregistrant une croissance soutenue de 2,2 %. Cette progression est principalement portée par le vieillissement démographique, l’augmentation des interventions ambulatoires et l’éloignement des centres hospitaliers.

Pour 2025, le secteur devrait maintenir une activité stable, avec une légère progression des effectifs, certaines régions signalant une hausse modérée du personnel.

Des contraintes économiques et de recrutement fortes

En 2024, le secteur compte 67 178 salariés, soit une croissance soutenue de 2,2 %. Cette progression s’explique principalement par le vieillissement démographique, l’augmentation des interventions ambulatoires ainsi que l’éloignement des centres hospitaliers.

Par ailleurs, pour 2025, le secteur devrait maintenir une activité stable, avec toutefois une légère progression des effectifs, car certaines régions signalent une hausse modérée du personnel.

Emploi et compétences : des besoins en forte évolution

Des intentions de recrutement soutenues mais difficiles

En 2025, la branche prévoit près de 60 000 recrutements, dont la moitié pour la conduite de véhicules de transport de marchandises. Cependant, ces besoins élevés se heurtent à des difficultés d’embauche croissantes : 34 % des établissements anticipent des problèmes de recrutement, dont 29 % dans le transport routier de marchandises.

La formation, un investissement stratégique

La branche maintient un effort de formation remarquable avec plus de 201 000 personnes formées aux formations obligatoires en 2024 par les organismes AFTRAL et Promotrans. Les dispositifs se diversifient :

Formations initiales :

  • 16 473 diplômes d’État délivrés (CAP, Bac Pro, BTS)
  • 42 977 titres professionnels
  • 12 451 apprentis dans les CFA de la branche
  • 45 262 formations de conducteurs cofinancées par l’AFT

Le taux de réussite global aux formations reste satisfaisant (83 % pour les diplômes, 76 % pour les titres professionnels), mais l’insertion professionnelle révèle des disparités : 83 % des apprentis en conduite sont en emploi six mois après leur formation, contre 77 % des adultes issus de titres professionnels.

L’évolution des compétences : vers la polyvalence et la technologie

L’exploitation du rapport révèle une transformation profonde des compétences requises :

  • Pour les conducteurs : maîtrise technique du véhicule, relation client, gestion des outils numériques et adaptation aux nouveaux véhicules (électriques, GNV).
  • Pour l’exploitation : technicité accrue avec l’usage massif des TMS (48 % des établissements), de la géolocalisation (85 %) et de l’intelligence artificielle (9 % d’utilisateurs, 12 % de projets). La gestion des données, l’optimisation des tournées et la maîtrise des réglementations européennes deviennent incontournables.
  • Pour la logistique : automatisation progressive (10 % des prestataires équipés de robots), généralisation des tablettes tactiles (79 %) et développement des systèmes de préparation assistée (Pick to Light, voice picking – 21 %).

Insertion professionnelle : des résultats globalement positifs

L’insertion à six mois des sortants de formation reste satisfaisante, avec toutefois des écarts selon les parcours :

  • Apprentis toutes familles confondues : 79 % en emploi (dont 39 % en CDI)
  • Lycéens toutes familles confondues : 55 % en emploi (dont 17 % en CDI)
  • Adultes avec titre professionnel conduite : 77 % en emploi
  • Préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC) : 72 % en emploi après six mois

Ainsi, la voie de l’apprentissage confirme son efficacité comme voie d’insertion, avec des taux d’emploi et de CDI systématiquement supérieurs à la voie scolaire.

Santé et conditions de travail : une vigilance nécessaire

En 2023, le secteur a enregistré 42 939 accidents du travail (-4 %), 3 296 accidents de trajet (+2 %) et 1 504 maladies professionnelles (+7 %). Les troubles musculosquelettiques (TMS) représentent 88 % des maladies professionnelles, principalement les affections périarticulaires (67 %).

Par ailleurs, les principales causes d’accidents restent la manutention manuelle (55 %), le risque routier (12 %) et les chutes de hauteur ou de plain-pied (23 % cumulés). Le secteur du déménagement présente les indicateurs les plus défavorables (indice de fréquence : 85,4 ; taux de fréquence : 48,3).

Rémunérations : une progression mais des écarts persistants

En 2023, le salaire brut moyen annuel dans la branche s’établit à 34 844 € (+5 % par rapport à 2022), avec toutefois des écarts selon les secteurs (30 132 € en TRS à 43 484 € en LOC) et les métiers. Les ingénieurs et cadres techniques de l’exploitation atteignent 66 446 €, tandis que les conducteurs routiers perçoivent en moyenne 33 495 €.

Concernant la parité, les femmes représentent 20,4 % des effectifs (+1 point) et affichent un salaire moyen net supérieur de 2 % à celui des hommes, en raison d’une proportion plus élevée de statuts cadres et techniciens/agents de maîtrise dans cette population.

Les mutations technologiques : un levier d’adaptation

Une digitalisation progressive mais inégale

L’enquête spécifique menée sur la digitalisation révèle une adoption progressive mais hétérogène des technologies :

  • 88 % des établissements utilisent des outils numériques grand public
  • 48 % disposent d’un logiciel de gestion du transport (TMS)
  • 85 % pratiquent la géolocalisation des véhicules
  • 47 % ont adopté ou prévoient d’adopter la facturation électronique (obligatoire dès septembre 2026)

Les principaux freins identifiés sont les coûts et la crainte de nouveaux contrôles administratifs. Paradoxalement, les bénéfices attendus se concentrent sur la réduction des tâches administratives, confirmant que la digitalisation est perçue d’abord comme un outil d’optimisation.

L’intelligence artificielle : une adoption encore timide

Seuls 9 % des établissements utilisent l’IA en 2024, principalement pour des fonctions support, l’optimisation des tournées et la facturation. Les projets d’adoption restent limités (12 % d’intentions), révélant une prudence du secteur face à ces technologies émergentes.

Impact sur l’emploi et l’organisation du travail

Contrairement aux craintes souvent exprimées, 85 % des répondants ne constatent aucun impact des investissements technologiques sur les effectifs, et seulement 11 % observent une diminution. Ainsi, les technologies apparaissent davantage comme des outils d’amélioration de la productivité et de la qualité de service plutôt que comme un substitut de main-d’œuvre.

Prospective 2025 : une croissance modérée

L’OPTL estime à 813 732 le nombre de salariés fin 2025, soit une progression de 0,32 % (+2 563 salariés). Cette prévision repose sur une analyse différenciée :

  • Transport de marchandises : Une stabilité ou une légère baisse est attendue, freinée par les incertitudes économiques et la pression concurrentielle. Cependant, au premier semestre 2025, le secteur a enregistré 1 705 salariés supplémentaires, soit une progression de 0,3 %.
  • Transport de voyageurs : au premier semestre 2025, les effectifs connaissent une hausse modérée de 2,1 %, principalement liée aux recrutements réalisés en début d’année. Toutefois, la stabilité ou la progression limitée des effectifs reste conditionnée par les budgets des autorités organisatrices.
  • Transport sanitaire : En 2025, le secteur connaît une légère croissance de 1,4 % au premier semestre, portée par le vieillissement de la population et l’augmentation des interventions ambulatoires. Toutefois, cette progression reste modérée, car elle dépend de la demande structurelle et reste sensible aux contraintes financières, réglementaires et organisationnelles.

Un secteur résilient face aux défis

En conclusion, le transport routier et la logistique démontrent une capacité d’adaptation remarquable dans un contexte économique contraint. Ainsi, le maintien de l’emploi, la poursuite des investissements en formation et l’amorce de la transformation numérique témoignent d’une volonté collective d’anticiper les mutations.

Cependant, trois défis majeurs s’imposent pour l’avenir :

  1. Le renouvellement générationnel, avec un taux de relève préoccupant et des difficultés de recrutement croissantes
  2. La montée en compétences, pour accompagner la digitalisation et l’évolution des exigences clients
  3. L’attractivité des métiers, particulièrement de la conduite, dans un contexte de concurrence accrue avec d’autres secteurs

Enfin, la mobilisation des partenaires sociaux, illustrée par les travaux de la CPNEFP et de l’OPTL, par les Journées Nationales de juillet, ainsi que par l’adaptation continue des dispositifs de formation et d’attractivité des métiers, comme le projet Let’s GO porté par Bretagne Supply Chain, constitue un atout précieux pour relever ces défis.