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Changer de voie : quelle direction pour les transports routier selon la planification ecologique ?

Publié le 27 octobre 2023

Au cœur des préoccupations environnementales, la France s’engage sur la voie de la transition écologique, et le secteur du transport de marchandises n’est pas en reste. Depuis la rentrée, le gouvernement français dévoile peu à peu annonces et mesures ambitieuses dans le cadre de sa planification écologique. Incitation à l’électrification des parcs, plan de soutien massif au fret ferroviaire… Tour d’horizon des actions identifiées pour réduire l’impact environnemental des flux logistiques.

Qu’est que la planification écologique ?

La planification écologique est une méthode globale qui permet d’agir de manière coordonnée avec l’ensemble des Français, des entreprises et des collectivités, pour relever les défis majeurs de la transition écologique. Lancée par Emmanuel Macron en mai 2023, elle se veut un élément clé de la politique environnementale française et vise la neutralité carbone en 2050.

Pour initier et coordonner la mobilisation, un Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) à été ouvert au côté de la Première Ministre, Elisabeth Borne.

L’élaboration de son plan d’actions aura mobilisé l’ensemble des ministères, les filières économiques, les représentants des collectivités locales ainsi que les think tanks et associations environnementales pendant près d’un an.

La planification écologique doit intégrer toutes les thématiques de la transition écologique ayant un impact direct sur la vie des français. Il se décline en 6 familles :

Les chantiers de la Planification écologique
  • Mieux se déplacer
  • Mieux protéger et valoriser nos écosystèmes
  • Mieux se nourrir
  • Mieux produire
  • Mieux se loger
  • Mieux consommer

Ainsi, le plan se construit autour de ces 6 thématiques, déployées en 22 chantiers opérationnels pour organiser cette action.

La planification écologique du transport de marchandises

Pour réduire l’empreinte carbone du transport de marchandises et de la logistique, le Plan répond à plusieurs problématiques simultanément :

  • Réduire les émissions du transport routier de marchandises
  • Accélérer le report modal
  • Anticiper et rendre soutenable la demande globale future

Réduire les émissions du transport routier de marchandises

Le transport routier est confronté à deux défis majeurs. D’une part, 23% des émissions de gaz à effet de serre du secteur proviennent des véhicules lourds. D’autre part, le renouvellement des flottes de véhicules et la transition vers les véhicules lourds électriques nécessitent des investissements importants de la part des transporteurs et des constructeurs.

Selon les documents de planification, 19 MtCO2e pourraient être économisées d’ici à 2030 grâce à différents leviers identifiés tels que l’optimisation du chargement, l’efficacité énergétique des véhicules ou l’électrification du parc.

Emissions en MtCO2e
Extrait de la Planification écologique dans les transports, Mieux se déplacer.

La sobriété, qui constitue le levier le plus efficace, est pourtant le moins documenté selon le SGPE. Et figure parmi les mesures les plus difficilement atteignables. Ces efforts pourront être atteints notamment grâce aux aux autres chantiers tels que le développement des circuits courts ou la baisse des constructions neuves.

Le plan de planification prévoit que 50% des poids lourds vendus en 2030 soient électriques, contre 0,5% en 2023. Cette direction suit celle de la Commission européenne dans le cadre de la règlementation CO2, qui sera débattue et votée cette fin d’année.

Extrait du tableau de bord de la planification

L’électrification du parc de poids lourds nécessitera un effort important de la part des transporteurs que l’état entend soutenir. Il note notamment que le coût à l’achat est double voire triple que celui d’un véhicule diesel et que 62% des poids lourds appartiennent à des PME de moins de 50 salariés qui ont une capacité d’endettement limitée et dont la concurrence internationale est très forte (42% des t.km sous pavillon étranger).

Le plan préconise donc :

  • De structurer les modalités de soutien public pour accompagner les transporteurs de manière incitative jusqu’au croisement des TCO
  • De travailler avec la place bancaire pour préparer l’ingénierie financière nécessaire pour absorber les restes à charge
  • De simplifier au maximum les modalités de soutien en faveur des PME
  • D’accompagner les transporteurs à l’installation de bornes de recharge en dépôt
  • De préfigurer un réseau de bornes en itinérance, cohérent avec les besoins des acteurs

Le projet de loi de finance prévoit 1,5 Md€ pour, entre autres, soutenir l’achat de poids lourds électriques et l’installation de bornes de recharge. Le bonus écologique va également être refondu pour inciter à l’achat des véhicules les plus verts et les malus « CO2 » et « poids » vont être durcits.

Accélérer le report modal

Extrait de la Planification écologique dans les transports, Mieux se déplacer

Selon le SGPE, le fret ferroviaire dispose de nombreux atouts. L’État souhaite investir de nouveau dans le transport ferroviaire de marchandises. L’objectif est de doubler la part modale du fret ferroviaire d’ici 2030, en passant de 9 % (en 2019) à 18 %. À plus long terme, l’État se donne l’objectif d’atteindre une part modale pour le fret ferroviaire de 25 % à l’horizon 2050.

La stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire se décline autour de 3 axes :

  • Faire du fret ferroviaire un mode de transport attractif, fiable et compétitif
  • Agir sur tous les potentiels de croissance du fret ferroviaire
  • Accompagner la modernisation et le développement du réseau

En mai 2023, un plan de soutien massif et inédit au fret ferroviaire a été annoncé : 4 Md€ d’investissement dans les infrastructures sur la période 2023-2032. En complément, les aides à l’exploitation sont également augmentées et pérennisées jusqu’à 2030. Dans le budget 2024, cela représente un soutien total de 400 M€ pour le fret ferroviaire.

Pour atteindre ces objectifs, les outils financiers et règlementaire sont les suivants :

  • Développer l’information au consommateur sur l’impact de ses livraisons
  • Agir sur tous les segments de marché (trains complets, services de wagons isolés, multimodal), et finaliser le schéma directeur national du transport combiné
  • Valoriser le mode massifié ferroviaire en développant un écolabel
  • Rendre le fret ferroviaire plus adapté aux besoins des clients (temps réel, fiabilité des horaires, disponibilités de sillons…)
  • Sécuriser des aides à l’exploitation dans la durée, déployer des financements incitatifs au report modal
  • Traiter les difficultés conjoncturelles par un accompagnement spécifique (augmentation du prix de l’électricité de traction…)
  • Planifier l’utilisation des capacités du réseau ferré, avec la production des plans d’exploitation de référence à 5 ans
  • Favoriser le développement de plateformes de planification et de suivi du transport, de gestion dynamique des sillons
  • Proposer des mesures de report sur l’axe France-Espagne (2/3 du transit)

Anticiper et rendre soutenable la demande globale future

Extrait de la Planification écologique dans les transports, Mieux se déplacer

Le constat est frappant. La demande de transport de marchandise ne cesse d’augmenter. Pour réduire son impact environnemental, l’électrification du parc et le report modal ne seront pas suffisants. Un effort de « sobriété » est nécessaire pour maîtriser l’évolution la demande. Le SGPE acte l’importance de se doter d’un plan d’action de maîtrise de la demande pour inverser la tendance.

La logistique urbaine plus durable est identifiée comme un levier pour la maîtrise les activités des véhicules utilitaires. Les mesures identifiées sont :

  • Privilégier l’implantation des centres logistiques au plus près des zones de consommation
  • Engager les collectivités à organiser un aménagement plus vertueux (points de livraison ou point relais, reverse logistic…)
  • Identifier des leviers pour favoriser les alternatives aux utilitaires en milieu urbain

L’aménagement des territoires joue un rôle primordial dans l’inversement de la hausse de la demande. A l’ère de la réindustrialisation, il doit permettre aux entreprises d’avoir accès aux ressources nécessaires à un fonctionnement décarboné de manière pérenne.

Différents leviers ont été identifié lors des travaux pour maitriser la demande :

  • Localiser les industries génératrices de flux sur les pôles multi-modaux (ports maritimes et fluviaux, plateformes de transports combinés)
  • Soutenir les processus industriels aux chaines de transports moins énergivores (écologie circulaire, relocalisation de stocks)
  • Réserver du foncier logistique et industriel permettant d’optimiser les chaînes de distribution (conférences régionales de la logistique, schéma directeur du foncier logistique, stratégies portuaires…)
  • Inciter les donneurs d’ordre à rapatrier leur chaines logistiques destinées à la consommation nationale sur les portes d’entrées maritimes françaises pour limiter les flux
  • Encadrement de certaines tendances comme les livraisons express

L’ensemble des documents de cadrage pour la planification écologique sont à retrouver ici