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Partager ses salariés pour répondre aux pics saisonniers

La société Meralliance, confrontée à des pics d’activité saisonniers, a décidé de mettre en commun ses besoins en main d’œuvre avec d’autres entreprises à proximité de ses sites finistériens, permettant l’embauche de salariés en contrats à durée indéterminée. Et ce grâce aux groupements d’employeurs Iroise et Cornoualia.

Considérant que la démarche est intéressante pour les entreprises qui connaissent des pics d’activités saisonniers, Bretagne Supply Chain est allé à la rencontre de Jean-Charles Bougro, responsable de la plateforme expéditions de Meralliance Logistique (Landivisiau, 29) et de Michel Rolland, responsable de développement du groupement d’employeurs Iroise. Entretien.

Bretagne Supply Chain (BSC) : Pouvez-vous nous préciser ce qu’est un groupement d’employeurs ?

Michel Rolland : Le groupement d’employeurs (GE) est avant tout une association au service de ses entreprises adhérentes. Nous ne sommes pas un centre de profit. Nous mettons à disposition de nos adhérents du personnel à temps partagé ou à temps partiel pour répondre à des pics d’activité saisonnier, ou à temps partagé journalier.

Comme toute association, les entreprises sont soumises à un droit d’entrée et une cotisation annuelle. Nous facturons une prestation de service à nos adhérents pour que l’association puisse rémunérer le salarié mis à disposition.

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Le GE Iroise intervient aujourd’hui sur le Finistère Nord. D’autres groupements sont présents sur le département : Cornoualia (Quimper) pour le Finistère sud et Triskel (Carhaix) pour le centre Finistère.

Nous avons aujourd’hui 55 salariés positionnés chez nos adhérents, ce qui correspond 43 équivalent temps pleins. Les salariés du groupement sont majoritairement des opérateurs de production ou des agents polyvalents (environ 40%). Viennent ensuite le secteur logistique avec des caristes ou des opérateurs de commandes et les fonctions supports (responsable qualité, responsable achats, gestion, finances, comptabilité…).

BSC : Quel est l’intérêt pour une entreprise  de passer via un groupement d’employeurs pour répondre à un pic d’activité ?

Jean-Charles Bougro : Chez Meralliance, nous savons que nous allons retrouver, sur les mêmes périodes, des personnes qui sont déjà formées au poste. C’est un gain de temps. Les personnes connaissent déjà l’entreprise, les métiers et les équipes.

A titre d’exemple, sur le site de Landivisiau, les expéditions sont concentrées sur trois semaines pendant la période de Noël. En fonction des postes, il faut entre une et trois semaines de formation. Avec le groupement d’employeurs, nous retrouvons tous les ans des personnes formées et prêtes à travailler dès la montée en puissance de l’activité.

En parallèle, nous n’avons pas à gérer les conséquences d’une baisse d’activité. Si nous ne pouvons garantir du travail pour les opérateurs embauchés, le groupement va chercher un autre adhérent pour les faire travailler, sans créer de coupure. C’est une chose que nous n’avons plus à gérer même si l’entreprise s’engage évidemment au maximum à conserver les équipes.

Michel Rolland : C’est le groupement d’employeurs qui portent le risque. Cela soulage l’entreprise adhérente de la partie administrative et de la gestion des contrats. Par ailleurs, les employés à temps partagé ne rentrent pas dans l’effectif de l’entreprise adhérente, ni dans les charges patronales. L’adhérent est beaucoup plus serein sur l’évolution de sa société. Il n’a à « gérer » que ses salariés permanents.

BSC : Quel est l’intérêt pour le salarié ?

Michel Rolland : Cela permet aux salariés d’être assurés d’avoir la même activité d’une année ou d’une semaine sur l’autre. C’est aussi une sécurisation des parcours puisque quand un adhérent est défaillant, le GE s’engage à repositionner le salarié chez un autre adhérent aux mêmes conditions de salaires.

L’intérêt du GE est également d’avoir plusieurs adhérents avec des complémentarités de saison, de façon à proposer à nos salariés différentes typologies de calendrier. De surcroît, le groupement d’employeurs embauche le plus rapidement possible en CDI. L’adhérent est ainsi sûr d’avoir toujours le même personnel au même poste quand il en a besoin et le salarié d’avoir son CDI à temps complet. Il profite aussi des avantages notamment financiers apportés par l’association : treizième mois, participation au Comité d’entreprise, chèques cadeaux ou encore prime de mobilité pour pouvoir se déplacer d’un adhérent à l’autre. Tout ça est géré, organisé et mis en musique par le groupement d’employeurs.

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JC Bougro : L’objectif est bien d’aller sur le CDI et des temps complets chez deux voire trois adhérents. Il est important de rappeler qu’un groupement d’employeurs n’est pas une forme d’intérim. L’intérim chez Meralliance, ce sont des périodes très courtes, jusqu’à 15 jours maximum. A l’inverse, le groupement va travailler sur des périodes bien définies chez chacun des adhérents mais sur du long terme.

BSC : Pourquoi les salariés se dirigent-ils vers le temps partagé ?

Michel Rolland : Les opérateurs de production et les logisticiens viennent chercher chez nous ce que l’on appelle la « flexi-sécurité ». C’est-à-dire d’un côté la flexibilité du travail, puisqu’ils ne veulent pas forcément faire leur carrière dans la même entreprise mais partager leurs compétences dans différentes sociétés. De l’autre, elles recherchent la sécurité apportée par le CDI et la capacité du groupement à les faire monter en compétence.

Pour les fonctions supports, ce sont des personnes qui ont une maturité professionnelle et de l’expérience, avec une envie de mettre leurs compétences à la disposition des entreprises sur plusieurs projets différents. Cela leur permet aussi de rester en veille sur leurs métiers.

BSC : Aujourd’hui, sur le site Meralliance Logistique de Landivisiau, combien d’emplois sont concernés par du temps partagé ?

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JC Bougro : En 2017, nous avions un CDI. Nous avons aujourd’hui trois personnes en CDI portées par le GE Iroise. Nous avons en complément du personnel en CDD à temps partagé, qui représentaient 4.500 heures travaillées en 2017. En 2018, nous avons plus que doublé ce temps avec 10.000 heures travaillées. Sur la saison dernière, en novembre et décembre, 20% de l’effectif de Meralliance était ainsi issu du groupement Iroise, en CDI ou en CDD.

Avec le groupement, nous avons construit un partenariat sur la durée. Nous travaillons avec les entreprises du territoire qui ont une saisonnalité inversée pour faire ce partage de compétence. Chez Meralliance Logistique, notre pic d’activité va d’octobre à février. D’autres adhérents ont une saison qui, à l’inverse va de février jusqu’en octobre.  Grâce à la collaboration avec les autres adhérents, nous pouvons ainsi garder les salariés à l’année.

BSC : Comment se passe l’embauche des salariés ?

Michel Rolland : Nous ne forçons pas la main de nos salariés. Le but est d’avoir une visite de poste chez chacun des adhérents pour que le salarié ait connaissance des conditions de travail, de l’environnement, des horaires… Les personnes valident ensuite leur souhait de travailler chez l’adhérent, toujours sur la base de l’envie et de la motivation.

JC Bougro : Il faut que le travail plaise aussi aux salariés. C’est pour cela que les visites des différentes entreprises sont importantes. Ils doivent comprendre l’environnement dans lequel ils vont être amenés à travailler et non pas le choisir par défaut.

Michel Rolland : Nous avons très peu de turn-over. En 2017, nous avons créé 34 emplois. Aujourd’hui, 33 personnes sont toujours en poste. Depuis trois ans, nous sommes sur une cinquantaine d’emplois créés.

JC Bougro : Chez Meralliance, nous avons le même constat. Au mois de décembre, nous avions 19 personnes du groupement dont 3 CDI. Nous n’avons eu aucun turn-over sur le mois de décembre. Et seulement 0,5% sur l’année, ce qui est très faible. Cela veut dire que les gens se sentent bien dans l’entreprise.

BSC : Quel est le retour des salariés aujourd’hui ?

JC Bougro : Avant la saison, les opérateurs nous demandent régulièrement à quel moment les « salariés Iroise » vont arriver. Cela soulage les équipes dans la montée en puissance de l’activité. Chez Meralliance, où la saison ne dure pas longtemps, un mauvais recrutement peut avoir des conséquences très importantes. Si l’on se trompe, les personnels en interne en connaissent l’importance. Avec le groupement d’employeurs, ils sont rassurés de retrouver des collègues qu’ils ont formés. Ils savent que cela va bien se passer et cela permet de les rassurer. A contrario, les CDI du GE Iroise que l’on a sur le site accueille volontiers les nouveaux salariés, même ceux qui sont de passage.

Tous les ans après notre saison, nous organisons un barbecue auquel tout le monde participe, que ce soit nos personnels en CDI ou ceux du groupement Iroise pour que cela renforce les liens entre les équipes. Que l’on n’ait pas d’un côté le « personnel Meralliance » et de l’autre, le « personnel Iroise ». C’est important de garder cette cohésion.

BSC : Comment cela se passe-t-il entre adhérents ?

JC Bougro : Cela se passe aujourd’hui relativement bien et avec une bonne entente entre adhérents. Si un adhérent a besoin de retrouver un salarié plus tôt que ce qui est était prévu, il s’agit de trouver un arrangement avec les autres adhérents. L’objectif est toujours de trouver une solution pour que les salariés en CDI ne se retrouvent pas sans travailler. Avec une activité assez intense, nous pensons aussi à leur laisser des coupures entre les saisons. Ce n’est pas toujours évident, avec la fatigue accumulée.

Nous travaillons actuellement avec Savéol. L’important entre adhérents est de connaître mutuellement nos activités pour voir quelles sont les compétences attendues et travailler ensemble sur les processus qualité ou sécurité, regarder les besoins en formation (CACES, secouriste…) et étudier la faisabilité de diriger nos salariés partagés vers des formations adéquates.

BSC : Y a-t-il une démarche de valorisation territoriale chez vos adhérents ?

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Michel Rolland : En tant que groupement d’employeurs, nous avons des subventions de la Direccte et de différentes communautés de communes, comme sur Morlaix ou Landivisiau, pour développer l’emploi durable au sein des territoires. Ces subventions sont dédiées à la valorisation du territoire et au développement du groupement d’employeurs sur ces secteurs. Sur Landivisiau, la priorité est de mettre à disposition chez nos adhérents, autant que faire se peut, du personnel landivisien, pour éviter la mobilité géographique des salariés.

JC Bougro : Nous cherchons à travailler avec d’autres adhérents proches, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres pour que les salariés se retrouvent aussi en termes logistiques. L’idée n’est pas de les faire traverser le département.

BSC : Quels sont les prochaines étapes dans le cadre de votre collaboration ?

JC Bougro : L’objectif à moyen terme pour Meralliance est d’arriver à 8 à 10 CDI sur le site de Landivisiau. Nous avons conscience que le sujet est important. Hors saison, l’objectif est d’arriver à 8 à 10% de l’effectif venant du groupement d’employeur en CDI ou en CDD.

Michel Rolland : Aujourd’hui nous travaillons sur les différents maillages potentiels avec Meralliance. Pour répondre aux besoins de l’entreprise, il nous faut trouver des entreprises avec une activité complémentaire qui soient prêtes à intégrer le réseau.

Des discussions sont en cours avec le groupe Even et sa filiale Sovéfrais, dont la saison est complémentaire, ou encore avec les transports Mesguen pour des postes d’agents de quai.

Les groupement d’employeurs en Bretagne, comment ça marche ?

Le groupement d’employeurs est un réseau d’entreprises qui partagent des compétences de salariés et donc les coûts afférents. La mise en commun des besoins des différentes entreprises permet l’embauche de salariés en contrats à durée indéterminée, dont l’employeur unique est le groupement d’employeurs. Salarié du groupement d’employeurs, l’employé peut partager son temps de travail dans plusieurs entreprises à l’année, à la semaine voire à la journée.

Quels avantages pour l’employeur ?

Le groupement d’employeur concilie besoin de flexibilité des entreprises et partage des compétences grâce à trois atouts majeurs :

  • Efficacité : par la fidélisation des salariés compétents auxquels l’entreprise ne peut offrir un temps complet.
  • Simplicité : recrutement, suivi administratif et accompagnement sont effectués par le groupement d’employeurs (GE). Un contrat de mise à disposition lie le GE et l’entreprise.
  • Souplesse : l’entreprise ajuste le volume horaire à ses besoins réels.

Au travers du groupement d’employeurs, l’entreprise solutionne ses problèmes de saisonnalité en retrouvant d’une saison à l’autre les mêmes salariés, formés et connaissant déjà l’entreprise. Elle conserve et fidélise ainsi les meilleures compétences, et ce malgré une utilisation partielle.

Quels avantages pour le salarié ?

Pour le salarié, les avantages sont multiples :

  • La sécurité et la stabilité avec la perspective d’un CDI et donc la garantie de l’emploi et d’un salaire grâce à la multiplicité des employeurs.
  • La diversité de l’emploi pour éviter la monotonie des tâches répétitives d’un seul et unique poste et développer ses compétences professionnelles en un temps réduit.
  • Les perspectives d’évolution pour s’enrichir de nouvelles expériences, être formé et perfectionner ses savoir-faire.
  • La souplesse pour travailler à temps choisi

Des groupements d’employeurs locaux 

Différents groupements d’employeurs sont aujourd’hui déployés sur le territoire breton.